#6.12 Mauvaise gouvernance : Faut-il interdire ou empêcher ?
Decideo - Data Science, Big Data, Intelligence Augmentée
Release Date: 05/18/2026
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Assemblée nationale : le rapport sur la souveraineté numérique préconise la création de syndicats de données Un concept déjà largement étudié au Québec (Canada) sous le nom de fiducie de données, mais pas encore développé en France. Vous avez très certainement lu les 453 pages du rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la souveraineté numérique , publié le 8 juillet… et donc, vous n’êtes pas passé à côté de la proposition n° 4 : créer un statut de syndicat de données… Les plus de 400 pages du rapport...
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Interdire ou empêcher : deux logiques de gouvernance à l’épreuve des données et de l’IA De passage sur TikTok pour y écouter parler de philosophie (si, si, on parle de philo sur TikTok… abonnez-vous par exemple au compte de @philo_sophia_) l’algorithme m’a conduit à une comparaison argumentée entre l’interdiction et l’empêchement. Faisant le parallèle avec les contextes de gouvernance des données et de l’intelligence artificielle, qui semblent si difficiles à faire accepter aux opérationnels, il m’a semblé porteur de poser quelques réflexions sur le...
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Intelligence artificielle : comment redéfinit-elle le métier de directeur financier Clôtures accélérées, prévisions en temps réel, détection de fraude, assistants conversationnels embarqués dans l’ERP : l’intelligence artificielle n’est plus un horizon lointain pour les directions financières. Selon Deloitte, 87 % des DAF estiment qu’elle sera « extrêmement ou très importante » pour leur fonction en 2026. Ce que l’IA apporte vraiment Il faut commencer par distinguer deux familles de technologies. L’IA dite « traditionnelle » repose sur...
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Nous recevons cette semaine les deux co-fondateurs de Dataloma, nouvel éditeur de progiciels spécialisé dans le context engineering encadrant les modèles d'IA générative : Laura Bonnafé, et Matthieu Fauchon. - Pourquoi la formalisation et la transmission d'un contexte sont indispensables pour améliorer les résultats de l'IA ? - Quelles sont les erreurs / risques diminués par la transmission d'un contexte ? - Pourquoi avoir lancé Dataloma ? Quelle stratégie souhaitez-vous déployer ?
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Le LLM va-t-il devenir l’interface unifiée de la gouvernance des données ? Récemment j’évoquais les raisons principales d’échec du déploiement de nombreux catalogues de données. En première ligne, l’absence d’adoption suffisante par les utilisateurs métiers. Doit-on refondre les interfaces utilisateurs ? Une nouvelle voie apparait : abandonner l’interface utilisateur ! Et la confier à un LLM qui interrogera, via un serveur MCP, la base de données du catalogue. L’habitude d’interroger un moteur de recherche pour obtenir une réponse a changé. Le...
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Un catalogue social de données, orienté utilisateurs Il y a quelques mois, j’ai travaillé pour une grande entreprise sur la formalisation des caractéristiques du catalogue de données idéal. « Social et orienté vers ses utilisateurs » sont ressorties comme les caractéristiques essentielles d’un catalogue efficace en 2026… ou 2027. Un catalogue social, c’est-à-dire conçu comme tous les outils que nous utilisons au quotidien, qui favorisent l’interaction, la création de contenu par l’utilisateur, la simplicité d’utilisation, et l’intégration aux applications...
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Pour parler d'IA, de ressources humaines et de données, nous recevons José Alberto Rodriguez Ruiz, Délégué à la protection des données (DPO) et responsable de la gouvernance de l’IA chez Cornerstone (Chief Data Protection & AI Governance Officer). - Comment les DRH utilisent-elles l'IA en 2026 ? A quelles étapes de la relation employeur-employé ? - Les données RH sont par essence des données personnelles. Comment s'assurer d'être conforme à la réglementation ? - Quels sont les risques liés aux usages de l'IA dans le domaine des RH et comment les éluder ? (discriminations,...
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Quelques semaines après la fermeture du Salon de l’Agriculture, une question centrale se pose : et si une partie de la réponse à la crise agricole se trouvait dans une ressource déjà produite par les exploitations, mais encore largement invisible ? Chaque jour, les fermes françaises génèrent des données sur les sols, l’eau, le climat, les cultures ou les rendements. Ces informations ont une valeur stratégique. Elles alimentent les outils d’aide à la décision, les modèles d’intelligence artificielle et les services développés par les acteurs de l’agritech. Pourtant,...
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Alain Garnier, co-fondateur de Jamespot, est un ardent défenseur de la souveraineté numérique; l'occasion d'aborder ce sujet avec lui, sans filtre, et de réfléchir ensemble aux solutions pratiques, et non-extrémistes, qui s'offrent à nous, pour faire un bout de chemin en direction d'un numérique moins dépendant de la grande puissance américaine aujourd'hui, ou peut-être chinoise demain. - Vous dites : "Nous sortons d’une approche théorique de la souveraineté numérique. Désormais, la question centrale devient : est-ce que l’organisation peut continuer à fonctionner si cette...
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L’observabilité : attitude et outil du data steward Observer vient de la racine latine observare, qui signifie « noter ou considérer », mais aussi « garder en sécurité ou protéger ». Quelle belle proximité avec la fonction de data steward ! Or aujourd’hui le rôle du data steward n’est plus simplement de se préoccuper de qualité des données, mais réellement de mettre en œuvre l’observabilité. Plutôt qu’un steward, il est plutôt d’ailleurs un contrôleur aérien de vos data. Il ne pilote pas mais surveille et organisme le trafic et reporte les...
info_outlineInterdire ou empêcher : deux logiques de gouvernance à l’épreuve des données et de l’IA
De passage sur TikTok pour y écouter parler de philosophie (si, si, on parle de philo sur TikTok… abonnez-vous par exemple au compte de @philo_sophia_) l’algorithme m’a conduit à une comparaison argumentée entre l’interdiction et l’empêchement. Faisant le parallèle avec les contextes de gouvernance des données et de l’intelligence artificielle, qui semblent si difficiles à faire accepter aux opérationnels, il m’a semblé porteur de poser quelques réflexions sur le thème : faut-il imposer ou proposer une gouvernance des données ? Faut-il interdire ou empêcher une mauvaise, ou l’absence de gouvernance ?
Une distinction conceptuelle aux implications politiques majeures
La distinction entre interdire et empêcher paraît, au premier abord, triviale ; elle structure pourtant en profondeur les deux grands régimes de régulation possibles dans une société technologisée.
Interdire est un acte normatif. La règle s’adresse à un sujet supposé libre, capable de comprendre la norme, d’en délibérer et, le cas échéant, d’y contrevenir. L’interdiction présuppose la possibilité matérielle de la transgression : c’est précisément cette possibilité qui ouvre l’espace de la responsabilité, du jugement, de la sanction et corrélativement de la contestation. Lawrence Lessig identifie ainsi la loi comme l’une des quatre modalités de régulation, qui contraint par la menace de la sanction, aux côtés des normes sociales, du marché et de l’architecture.
Empêcher, à l’inverse, relève d’un dispositif factuel : la conduite n’est pas réprouvée, elle est rendue impossible. Aucun sujet n’a à délibérer, aucun juge n’a à trancher, aucun contrevenant n’a à répondre. Dans le cyberespace, cette modalité est portée par le code informatique lui-même. Lessig démontre que le code, et l’architecture, définissent la manière dont nous vivons le cyberespace, et détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. L’architecture remplace la délibération par la configuration.
La portée critique de cette distinction a été remarquablement développée par Alain Supiot dans La Gouvernance par les nombres (Fayard, 2015). Il y montre comment la loi cède la place au programme et la réglementation à la régulation, dans un imaginaire institutionnel où l’on viserait la réalisation efficace d’objectifs mesurables plutôt que l’obéissance à des lois justes. L’enjeu, pour Supiot, n’est pas seulement technique : en envisageant les hommes comme des ordinateurs programmables, la gouvernance par les nombres sape le règne de la loi et fait ressurgir un système d’allégeance quasi féodal. Là où la loi suppose un sujet juridique responsable, le programme suppose un comportement à conditionner.
Mon opinion : pour une primauté de l’interdiction sur l’empêchement
Au terme de cette analyse, je défends la thèse suivante : dans la gouvernance des données et de l’IA, l’interdiction doit être première, l’empêchement instrumental. Mais c’est à vous de me dire dans les commentaires si vous êtes en accord avec cette vision… ou pas.
Cette hiérarchie repose sur trois raisons.
D’abord, une raison de principe démocratique. L’interdiction émane d’une délibération publique ; elle peut être discutée, amendée, abrogée. L’empêchement, lorsqu’il est inscrit dans le code, échappe à cette publicité : il est défini par les concepteurs, souvent privés, et son fonctionnement est opaque pour la majorité. Substituer systématiquement le dispositif à la norme, c’est déplacer la souveraineté politique vers les architectes techniques, ce que Supiot identifie comme une régression institutionnelle majeure.
Ensuite, une raison anthropologique. L’interdiction maintient ouvert l’espace dans lequel l’agent peut choisir d’obéir ou de transgresser, et donc peut être tenu pour responsable. Un monde de pure prévention technique est un monde sans sujets moraux. Or, comme le rappellent Rouvroy et Berns, sans cet espace, c’est la possibilité même de la subjectivation politique qui s’efface et avec elle, paradoxalement, toute critique du système. Big Brother et George Orwell ne sont plus très loin…
Enfin, une raison d’efficacité réflexive. Les dispositifs techniques sont faillibles, biaisés, contournables, et leurs erreurs se diffusent à grande échelle. La norme, parce qu’elle s’applique à des cas concrets via le jugement, conserve une plasticité que le code ne possède pas. Réserver à la loi le rôle de fixer ce qui doit être interdit, et au dispositif celui de rendre cette interdiction matériellement effective lorsque les asymétries d’échelle l’exigent, permet de cumuler les avantages des deux régimes sans en payer tous les coûts.
Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter l’empêchement technique. Face au passage à l’échelle des systèmes d’IA, à la rapidité des traitements automatisés, à l’asymétrie d’information entre opérateurs et personnes concernées, l’interdiction seule serait souvent purement déclaratoire. Le RGPD et l’AI Act ont raison de combiner les deux registres. Mais l’ordre de priorité importe : le dispositif doit servir la norme, et non la remplacer. Concrètement, cela impose trois critères à tout empêchement by design :
- Traçabilité juridique : le dispositif doit pouvoir être référé à une norme publique, débattue et amendable.
- Contestabilité effective : la personne empêchée doit pouvoir comprendre qu’elle l’est, savoir pourquoi, et disposer d’un recours humain réel, au sens de l’article 22 du RGPD.
- Réversibilité politique : aucun dispositif ne doit verrouiller à un degré tel qu’un changement démocratique de la règle deviendrait techniquement impraticable.
Sans ces garde-fous, l’empêchement par le code n’est pas le prolongement de l’État de droit : il en est la sortie silencieuse !